jeudi 7 mai 2026

Retracer les sonnets dans le papier

Lorsque je veux sortir de chez moi pour écrire, ou plus prosaïquement lorsque je cherche une petite feuille de papier pour y noter une information, j'attrape le premier calepin que je débusque ; il m'arrive souvent d'y retrouver ma traduction des sonnets. Je parle des sonnets de ce cher Will -- l'ami par-delà le temps !

Par exemple, voulant noter l'adresse courriel d'une personne, tout à l'heure, je tombe sur cette traduction :



Note : Le tout peut sembler artisanal au premier abord (ce l'est, en un sens), mais le tout obéit à un système, de même qu'à une métrique robuste.

Prenons l'exemple de ces quelques vers, plus haut :

J’aime tes yeux, qui, me prenant en pitié,

Sachant que ton cœur me torture en son dédain,

Se sont vêtus de noir et d’amour endeuillé, Pour voir avec jolie compassion mon chagrin.


Les alexandrins se découpent ainsi :


J’ai / me / tes / yeux /, qui /, me / pre / nant / en / pi / ti /é,

Sa / chant / que / ton / cœur / me / tor / tu / re en / son / dé / dain,

Se / sont / vê / tus / de / noir / et / d’a / mour / en / deu / illé, Pour / voir / a / vec / jo / lie / com / pa / ssion / mon / cha / grin.


Versification non pas antique, mais moderne, telle que pratiquée par Hugo, Baudelaire, Rimbaud, etc.

Pouvait-on me reconnaître, dans les cafés, à cette gymnastique mentale qui se traduisait par le fait que je compte sur mes doigts ? Je me rappelle de cet individu, à l'Escalier, qui m'avait demandé si j'étais un poète en me voyant ainsi découper de gestes les syllabes, et qui m'avait félicité, heureux, lorsque je le lui avais confirmé.


Souvent, lorsque je fais une telle découverte -- des carnets emplis de sonnets --, je me dis : « Il serait bien, un jour, que je retrouve le plus de calepins possible. »

Ce jour a peut-être en partie débuté.

Tout à l'heure, j'ai donc ouvert quelques tiroirs, j'ai fouillé, mais je n'ai rien trouvé. Puis, regardant ailleurs, j'ai trouvé ce qui était visiblement la manne. De petits casiers ouverts, dans mon meuble d'ordinateur brun café, dissimulés derrière le moniteur. Compulser quelques-uns de ces calepins m'a permis d'inférer que tous ces carnets contenaient des sonnets.



J'ai donc pris la direction du café, où je suis présentement, avec cette masse de blocs-notes dépareillés, afin de prendre en photo leur contenu. J'ai presque photographié la moitié déjà. 

Ainsi, je me propose de publier, sur ce blogue, toutes les traductions que je retrouverai. Je lierai chacune des publications concernées à celle-ci. L'objectif sera de cocher, dans la liste plus bas, les traductions retrouvées. Dans de rares cas, ce sera impossible, car la traduction a été faite sur mon ordinateur, par exemple. Si la création était sur support numérique et que j'en suis certain, je cocherai également.

DANS LA MESURE DU POSSIBLE, j'écrirai cela a été traduit, si je m'en souviens.

[ ] 1
[ ] 2 - L'Escalier
[ ] 3 - L'Escalier
[ ] 4 - L'Escalier [?]
[ ] 5 - L'Escalier
[ ] 6
[ ] 7
[ ] 8
[ ] 9 - L'Escalier
[ ] 10
[ ] 11
[ ] 12 - L'Escalier [?]
[ ] 13
[ ] 14
[ ] 15 - Un certain café sur Saint-Denis
[ ] 16 - Je me souviens d'avoir trouvé la rime finale, gonflé de dopamine et de fatigue, chez moi
[ ] 17 - L'Escalier
[ ] 18
[ ] 19
[ ] 20
[ ] 21 - Chez moi
[ ] 22
[ ] 23 - L'Escalier
[ ] 24
[ ] 25
[ ] 26 - L'Escalier (la première version)
[ ] 27
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[ ] 29
[ ] 30
[ ] 31 - Un certain café sur Saint-Denis
[ ] 32 - L'Escalier
[ ] 33
[ ] 34
[ ] 35
[ ] 36
[ ] 37 - L'Escalier
[ ] 38
[ ] 39
[ ] 40
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[ ] 44
[ ] 45
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[ ] 47
[ ] 48
[ ] 49 - Un certain café sur Saint-Denis [?]
[ ] 50 - La Coop Les Récoltes
[ ] 51
[ ] 52 - Café près du métro Mont-Royal
[ ] 53
[ ] 54
[ ] 55 - Un certain café sur Saint-Denis
[ ] 56
[ ] 57 - Possiblement le bar Le Boudoir, sur Mont-Royal
[ ] 58 - Possiblement le bar Le Boudoir, sur Mont-Royal
[ ] 59 - L'Escalier
[ ] 60 - L'Escalier
[ ] 61
[ ] 62
[ ] 63 - Un certain café sur Saint-Denis [?]
[ ] 64 - Un certain café sur Saint-Denis
[ ] 65
[ ] 66 - L'Escalier
[ ] 67
[ ] 68
[ ] 69
[ ] 70 - L'Escalier
[ ] 71 - L'Escalier
[ ] 72 - L'Escalier
[ ] 73 - Un café près du métro Laurier
[ ] 74
[ ] 75 - L'Escalier
[ ] 76 - L'Escalier
[ ] 77
[ ] 78 - L'Escalier
[ ] 79
[ ] 80 - L'Escalier
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[ ] 86
[ ] 87 - L'Escalier
[ ] 88
[ ] 89 - L'Escalier
[ ] 90
[ ] 91 - L'Escalier
[ ] 92
[ ] 93
[ ] 94
[ ] 95 - L'Escalier
[ ] 96
[ ] 97
[ ] 98
[ ] 99 - Salon de thé Camellia Sinensis
[ ] 100 - L'Escalier
[ ] 101
[ ] 102
[ ] 103
[ ] 104 - L'Escalier
[ ] 105
[ ] 106 - L'Escalier
[ ] 107
[ ] 108
[ ] 109
[ ] 110 - Chez moi
[ ] 111
[ ] 112 - L'Escalier [?]
[ ] 113
[ ] 114 - Le souvenir d'un bar
[ ] 115
[ ] 116 - L'Escalier [?]
[ ] 117
[ ] 118
[x] 119 - Dans le métro, puis à la BAnQ (sur mon téléphone)
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[ ] 122
[ ] 123
[ ] 124 - Un certain café sur Saint-Denis [?]
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[ ] 143 - Le Boudoir, sur Mont-Royal [?]
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mardi 5 mai 2026

Une perfection négative

Voici une citation de Victor Hugo (j't'en train de lire son petit immense bouquin « William Shakespeare »)

« Ne pas donner prise est une perfection négative. Il est beau d'être attaquable. »

*

Ça me fait songer à cette règle du pouvoir de Robert Greene :

« Ne semblez jamais trop parfait. »

dimanche 3 mai 2026

145 117 mots plus tard, c'est terminé


Le plus gros roman que j'aie jamais écrit.

Quinze ans de travail et d'accumulation de notes obsessive.

Deux années pour l'écrire – en particulier les derniers mois.

145 117 mots.

Et au moment où je rédigeais les dernières phrases, le soleil qui se met à luire sur moi.

samedi 25 avril 2026

lundi 20 avril 2026

Synchronicités littéraires

Il faudra bien que je parle des synchronicités littéraires qui ont peuplé ma vie...

Un écrivain controversé... Nicolas Boileau... Eric-Emmanuel Schmitt... Shakespeare... Jack Kerouac... Isaac Asimov... Des trucs de malade !...

J'y reviendrai.

mercredi 1 avril 2026

Pourquoi je n'ai pas terminé le baccalauréat en psychologie

Pourquoi n'ai-je pas terminé le baccalauréat en psychologie ? Et pourquoi ne le finirai-je sans doute jamais ?

Tout d'abord, quelle place occupe la psychologie dans ma vie ? Une énorme.

Je réfléchis et je respire comme un psychologue, en vérité. Quand je pense, quand je parle, je fais allusion à Freud, à Jung, à James, à Skinner, à Cyrulnik (il a le potentiel d'être controversé dans cette liste – mais c'est pour moi un géant).

Quand je pense, quand je parle, c'est : analyse de la personnalité et des émotions, Big Five, psychodynamique, psychopathologies, théorie de l'attachement, concepts de psychométrie, faits intéressants tirés des neurosciences...

Au début de la trentaine – je n'avais pas encore étudié à l'université, mon certificat en psychologie ayant eu lieu durant mes 33 et 34 ans – j'ai fréquenté, amoureusement pour ainsi dire, mais brièvement, une psychologue fraîchement diplômée. J'avais alors une cinquième secondaire pour tout diplôme. En marchant sur la rue avec elle, une fois, elle me fait part de son étonnement : nous avions, selon elle, le genre de discussions qu'elle avait avec ses camarades... au doctorat.

Un certificat, ai-je dit ? Ça, je l'ai complété. Et c'est là qu'on s'approche du noeud de ce billet.

Étant donné mes connaissances en psychologie, et ma passion pour celle-ci, ce diplôme peut me faire passer pour un underachiever. Les ressources humaines du monde entier, irréfléchies par nature, me perçoivent certainement ainsi, et il s'en est fait ressentir dans mon cheminement de carrière.

Mais qu'en est-il du contexte de ce certificat ?

Je l'ai complété à 33-34 ans, comme mentionné. À temps partiel, tandis que j'occupais un emploi exigeant à temps plein. Cela faisait une quinzaine d'années que je n'étais pas allé à l'école. Je n'avais pas la moindre idée comment étudier, ne l'ayant pas fait au secondaire. J'étais affligé d'un TDAH massif. J'ai choisi certains des cours les plus difficiles – le certificat, c'est un cours obligatoire, et neuf optionnels, à choisir parmi les cours du bac – dont les cours de neurosciences.

En parallèle, je traduisais Shakespeare, ses sonnets plus précisément. Un travail où je me suis imposé des contraintes extrêmes : utilisation de l'alexandrin pour donner la réplique au pentamètre iambique, respect de la métrique, du schéma des rimes, etc. J'ai également mis un point d'honneur à respecter les enjambements, l’imagerie poétique, l’émotion... surtout l’émotion... le vocabulaire, etc.

Sans ces contraintes (si j'avais traduit comme les autres traducteurs l'ont fait), cela m'aurait pris 100 à 200 heures. J'ai sciemment choisi d'en mettre 600 à 700. Autrement, cela aurait dénaturé Shakespeare.

Mais revenons à l'école.

Pourtant, ma moyenne a été de A. C'était avant l'avènement des IA génératives qui peuvent nous soutenir intellectuellement. J'avais un dossier académique qui me qualifiait pour le doctorat.

J'ai complété le certificat, et puis, et puis...

*

Et puis je suis tombé amoureux. Et puis le désir d'écrire (mes propres oeuvres), refoulé, se faisait ardent. Et puis je suis devenu père. Pour vous situer, c'était aux environs de la pandémie. Sinon, le certificat, simple diplôme de premier cycle, m'a ouvert quantité de portes dans mon entreprise. Cinq promotions en cinq ans. L'ascension bloquée enfin permise.

J'ai bien sûr voulu continuer à étudier. J'étais sur une lancée. J'étais fier de moi – je dirais même enivré par ces improbables noces avec l'école. Je me suis essayé à d'autres certificats, que j'ai jugés tous plus ennuyants les uns que les autres ; j'ai dû laisser ces programmes derrière.

Finalement, l'idée m'est venue : le baccalauréat en psychologie. Si j'avais aimé le certificat, il serait normal de poursuivre mon chemin dans ce programme.

Je m'y suis inscrit, j'ai été accepté. Quelques fois, à vrai dire. Malgré cela, je n'ai dû faire qu'une session. Qui s'est bien déroulée au demeurant. Bon, quelques soucis de santé m'ont peut-être retenu dans ma course...

Quand j'ai mis les études de côté après cette session-là – je devais avoir 37 ans – j'ai renoué avec l'écriture de nouveau, mon moteur créatif s'étant un peu atrophié durant la pandémie. J'ai pondu l'un des plus beaux recueils de poésie qui sommeillait en moi.

Puis je me suis attaqué à de gros morceaux : certains romans qui m'habitaient depuis longtemps. L'un a tenté de venir au monde pendant dix ans, ce qui était impossible avec l'université et la traduction des sonnets. J'ai finalement réussi à l'écrire à trente-neuf ans. L'autre, plus massif encore, qui doit bien avoir mûri en moi quinze ans, je l'écris présentement.

Et ces romans, ce n'est qu'une fraction des livres que j'entends écrire.

C'est pour cela, entre autres, que je n'ai pas complété le baccalauréat en psychologie. Pas par manque d'ambition.

Il était plus important pour moi de réviser mes traductions de Shakespeare. Il était plus important pour moi de porter la dette psychique des 30 romans que je voulais écrire. D'accoucher de nouvelle poésie et de pièces de théâtre. De suivre mes autres élans intellectuels. De bâtir ma carrière. De m'occuper de mon fils.

De vivre.